Je m’ego(sille)

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Tu constates, après une longue absence, qu’il s’est doucement remis à gonfler. À deux, il se dissipe et ne peut vivre que dans le regard de l’autre. Dans un cas il pourrait s’y complaire, y frétiller tendrement et souhaiter y demeurer jusqu’à renouveler la demande de l’existence tiède que tu lui offres. Il sacrifie peu à peu la pupille étrangère aux tiennes ; c’est qu’il n’y a qu’elles qui fournissent abandon et ivresse. Prends garde au détournement de regard – et si tu trompais sa lueur en jouant dans un second lac bleuté ? Les univers se multiplient dans ton dos et tu crains de n’en connaître qu’un, aussi bien que tu prends pour fin du monde la perte d’un univers circulaire. Dans un autre cas, au fond des eaux reflétant les vices qui t’occupent, percé à jour et piqué au vif, tu te noies dans un bloc de glace. L’incapacité de t’y débattre t’empêches de sentir ton corps dans le monde – abattu, tentant de te mouvoir, tu doutes de ton existence et sèmes au sein de divers regards des morceaux composant la face encore tiède de ton corps, en quête de nids complaisants. Pourtant amorphe, les meilleurs miroirs sont obscurcis par la glace qui te compose et t’empêche de t’y entrevoir – si cette possibilité s’offrait à toi, tu t’y détournerai pourtant, au risque de disparaître. Et seul, lorsqu’il n’y a pas d’univers, ni de bleuté, ni de verdâtre, de boisé, de grisâtre dans lequel il pourrait s’y croire encré, lorsqu’en entièrement seul et étendu depuis des mois déjà tu l’attends, le corps bloqué par les draps et le sommeil et les tâches de nuit noire que tu voudrais voir, la chaleur d’une bouffée de cigarette du feu et la chaleur par bouffée et celle du redoublement de vitesse et des hurlements seulement le bruit et le mouvement t’animeraient — c’est ici, le corps étendu les mains moites que dans ta poitrine il se matérialise ; c’est un poids chaud, qui attends l’explosion, une bombe à retardement, il s’agit de l’expulser au plus vite, son énergie et sa silhouette s’apparente à celle de la haine, aussi brûlante et dont l’expulsion à défaut de se projeter contre autrui consume ton âme tout entière, ne laissant aucunement place à la tiédeur appréciable de ton existence, mais à la cendre glacée, éclatante, manifeste. C’est qu’il n’y a plus qu’elle dans les yeux de tous et tu tends à retracer le cercle nécessaire à ton existence, à embraser ton toi désormais au point de « rien ».

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