Accueil Dictionnaire de l'indicible A - L carnet n°2 : mars – juin 2019 // h a ï r

carnet n°2 : mars – juin 2019 // h a ï r

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Le ciel garde ses yeux mi-clos, ce soir. J’ai pour habitude d’observer la longue descente de ses sombres paupières, jusqu’à l’instant fatidique ; Non pas l’obscurité, au contraire – ce sont les douces lumières mouvantes qui naissent de l’ombre et aiment à s’étaler entre mes quatre murs silencieux, que j’attends, tantôt effrayé par leurs mouvements, tantôt consolé. C’est, bien sûr, l’espoir d’y trouver mon âme apaisée qui me pousse, chaque soir, à risquer le frisson.
Il n’est pas si tard, j’abrège pourtant le labeur de la nuit d’un coup sec de la main.
La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur trois oiseaux qui, à tout de rôle, prennent leur envol, effrayés par le craquèlement du bois, pour s’évanouir dans un paysage devenu morose.
Ce ne sont pas des oiseaux que j’ai vu, ce soir-là. Les trois formes fébriles et vives s’en sont allées comme mes trois dernières années ; La première me frappe comme une gifle. Je me souviens, subitement, de l’amour et de la naïveté dont j’étais pourvu. C’était une autre vie, dans laquelle il m’a été possible de me laisser porter par une insatiable curiosité de l’autre, une confiance sans limite et une vocation d’aller chercher l’être opposé à moi, celui que jamais la vie n’aurait posé, naturellement, sur mon chemin.
J’ai compris plus tard que mon amour ne valait rien. Ma présence, à leur côtés, ne valait rien. Nous ne sommes jamais aux côtés de quiconque ; Nous trouvons sans cesse chez les uns et les autres milles attributs, milles atouts qui d’abord comblent, puis ne suffisent plus pour nous seul. Il s’agit de changer, il s’agit d’en prendre d’autres, il s’agit d’oublier d’un supposé commun accord – qui, s’il est donné, ôte chaque douleur, tait chaque question – un autre qui ne se fond plus à notre vie. Cette réalité me convenait, tant que je ne la croyait valable que pour les êtres dont tout, d’eux à moi, opposait. De fait, je sentais encore le poids de mon existence à travers l’affection de mes proches.
J’ai appris des évidences, ces choses qui n’étonnent personne quand on les énonce, et qui pourtant, quand on les vit, nous frappent assez fort pour que l’on s’en insurge. Quand on ressent, on entends ces choses comme pour la première fois. Mon cœur m’a soufflé pour la première fois à l’oreille ce que j’ai toujours su. Chaque action est intéressée, de même que les êtres qui nous entourent recherchent tous l’existence. Tous recherchent l’émotion, le mouvement interne ; Plus encore, nombreux sont ceux qui mentent aux uns et plaisent aux autres pour obtenir les avantages de qui promettra une vie meilleure. Voilà que plus tôt l’on accusait mon aveuglement ; Désormais, c’est en pointant la nature humaine du doigt que celle-ci se retourne contre soi. Nous sommes tous, autant que nous sommes, conscient de l’intérêt que l’on trouve chez les uns et les autres. Nous déduisons plus ou moins inconsciemment que le fonctionnement général de l’Homme imite le nôtre ; Il nous est cependant profitable de balayer d’un revers de la main les évidences, en ayant tout de même parfois la naïveté de penser être aimé. Quelle inconscience que de placer sa vie entre les mains d’un autre – l’autre n’aime que son existence.
J’ai été persuadé d’aimer profondément, de façon purement détachée, la diversité de l’humanité. Pourquoi, si je ne m’étais pas trompé, me serait-je lassé de l’observer dès lors qu’elle a cesser de m’accorder le moindre regard ? J’aimais posséder, j’aimais connaître.
Pour cette raison, ce soir, je ferme le rideau de la vie sur ma chambre. Ce soir, je constate que ce que je hais chez les uns et les autres est tapis au fond de mon cœur. Je me crois en manque d’amour ; De fait, j’ai perdu mes profiteurs préférés. J’ai perdu tous mes menteurs, j’ai perdu mes égoïstes, j’ai perdu mes fascinants, lesquels aiment les autres parce que les autres peuvent les aimer, et les attirent avec de grands discours et de beaux gestes attrayants. Je me crois en manque d’amour, il est plus exact de dire que je hais trop ceux qui m’ont laisser croire que j’étais aimé. Ce soir, j’ai mal au cœur. Cet organe palpitant me fait ressentir ma solitude à coup d’angoisse, et je constate, plus fortement encore, que lui-même est atteint de ce vice que je rejette tant. Il y’a trois ans de cela j’aimais le monde, peut-être m’aimais je aussi. Aujourd’hui plus que tout, je ne sais plus tolérer ma propre existence. Je trouve alors dans l’obscurité et la solitude l’avantage, subtil et douloureux de disparaître aux yeux du monde. 
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